Son interview

Après une brillante carrière sur toutes les scènes des opéras nationaux, vous avez créé l’AICOM, aujourd’hui la première formation professionnelle dédiée au théâtre musical après dix années d’existence. Vous êtes également devenu l’un des coachs les plus exigeants et un directeur vocal reconnu. Quel a été le déclencheur de ce virage ?

Un coup de tête ! J’ai toujours été un impulsif et toute ma vie s’est construite de cette façon. Je ne m’étais jamais destiné à une carrière de chanteur lyrique. À Liège, d’où je suis originaire, j’ai d’abord suivi un cursus de théâtre. Et puis, j’ai décidé de partir pour Paris. Je me suis présenté au concours d’entrée du Conservatoire National Supérieur de Musique, en pensant qu’il s’agissait du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique ! Ce jour-là, j’ai rencontré une femme formidable qui a changé ma vie. Elle s’appelle Nicole Broissin et m’a proposé de passer l’audition quand même. Elle était avec une autre dame, qui est devenue comme une mère pour moi, Isabelle Aboulker-Rosenfled. Je suis rentré dernier nommé de cette promotion. J’en suis ressorti au bout de deux ans, avec mes prix. Leur enseignement reste la source de la pédagogie que j’enseigne maintenant.

Comment est née l’AICOM, l’Académie Internationale de Comédie Musicale ?

L’AICOM a été créée en 2004, avec le danseur et chorégraphe Johan Nus, le comédien Christophe Borie, Stéphane Metro et d’autres partenaires de scène. De productions en productions, je ne comprenais pas pourquoi il n’existait pas un établissement où le chant, la danse et le théâtre seraient enseignés aux jeunes talents, avec un but commun : le théâtre musical. La première année, il s’agissait plutôt d’un cours que nous donnions à vingt-cinq élèves, au Centre de danse du Marais. Le succès a été immédiat et nous avons déménagé dans les locaux où nous sommes actuellement, car l’AICOM compte aujourd’hui un peu plus de cent élèves qui se destinent à une carrière professionnelle, sur un cursus de trois ans, auxquels viennent s’ajouter autant d’enfants et d’adolescents pour des cours de formation, sans compter les stages loisirs et cours du soir. Aujourd’hui, après dix années, je veux mettre toute mon énergie pour faire reconnaitre notre discipline auprès des décideurs publics.

MONTAGE-SOLO-PYLa Veuve Joyeuse, Opéra d’Avignon, Tintin, La Belle Hélène, Hello Dolly

D’où vous vient votre motivation ?

Je la trouve dans les images qui me restent des dernières années de la vie de ma mère. Elle se savait condamnée, mais élevait toujours ses enfants, tout en travaillant la nuit comme garde-malade. Elle venait le matin sur les marchés d’antiquité avec moi pour vendre quelques objets et me payer mes études. Je ne l’ai jamais vu se reposer. Moi qui n’ai pas de maladie grave, ce serait injuste de ne pas me battre. Son image ne nourrit tous les jours. Mes parents étaient beaucoup plus âgés que la moyenne. Je les ai perdus trop tôt, mais ils ont tout fait pour que je réussisse dans la vie.

Pouvez-vous nous raconter vos débuts ?

Je suis un Belge à moitié Grec qui a vécu jusqu’à l’âge de 18 ans à Liège, en pleine Wallonie. J’ai fait mes premiers pas sur scène vers 7 ou 8 ans, et j’ai suivi une formation de comédien, en obtenant à 21 ans mes premiers prix d’art dramatique et de déclamation. Après le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, j’ai été engagé sur le spectacle Le Voyage de Mozart à Prague, qui a rencontré un succès phénoménal. Ma partenaire était Marie Zamora. Elle m’a entrainé à l’audition des Misérables, qui se montait à Mogador. Nous sommes au début des années 1990. J’ai été engagé pour jouer la doublure l’Enjolras et celle de Marius, en plus du rôle de Courfeyrac.

MIZ-TITANIC-PYLes Misérables et Titanic

Vous avez ensuite enchainé les premiers plans, en alternance entre l’opéra et la comédie musicale, jusqu’à devenir le premier francophone au monde à interpréter le personnage le plus connu du répertoire, le Fantôme de l’opéra. Comment avez-vous décroché ce rôle ?
À partir de 1995, j’ai pris le train chaque année pour Hambourg, dans le but de passer l’audition ouverte de la production allemande. En parallèle, je jouais chaque mois dans un opéra national différent, dans des productions aussi variées que La Belle Hélène, La Vie parisienne, La Veuve joyeuse, Les Contes d’Hoffman, Là-Haut, Dédé… En 1999, je n’espérais plus obtenir le rôle du Fantôme. J’avais besoin de prendre l’air. J’ai donc décidé de signer un contrat d’un an pour chanter à travers le monde entier sur des paquebots. En pleine mer, j’ai reçu un message de la production pour me dire que j’étais attendu à Hambourg ! J’ai donc décliné l’offre de 1999, pour accepter celle de 2000. J’intègre alors la prestigieuse distribution du Fantôme de l’opéra, d’abord par la toute petite porte, en tant que doublure de Raoul et d’André. Après une audition interne, plusieurs mois plus tard, j’ai finalement obtenu le rôle de ma vie. Je me retrouve avec le masque sur le visage, deux heures trente de maquillage quotidien, des prothèses et l’angoisse totale. J’ai joué ce spectacle durant plus d’une saison. C’est là que j’ai réalisé l’importance de la création d’une école pour former les artistes voulant se destiner au théâtre musical, qui commençait alors tout juste à s’imposer en France, via des productions telles que Notre Dame de Paris ou Roméo & Juliette.

MONTAGE-PYYes, Tintin et le temple du soleil, Cats, Le Fantôme de l’Opéra

Plus encore que l’AICOM, votre nom est désormais associé à des artistes de renom tels que Lara Fabian ou Les Voca People. Vous avez aussi dirigé les troupes de spectacles aussi populaires que Grease, Un Violon sur le toit ou Chicago, participé à des émissions telles que PopStars (D8) ou La France a un incroyable talent (M6) et mis en scène Anne, le musical ou 1939. Comment êtes-vous parvenu à mener à bien toutes ces aventures à la fois ?

Tout est venu plutôt naturellement. La plupart des productions auxquelles vous faites allusion ont une exigence harmonique nécessitant une connaissance approfondie du solfège et de la voix. En 2002, j’avais déjà été appelé à la direction vocale des Liaisons dangereuses de Rodrigo Lopez, qui m’a ouvert la voie pour Chicago, et fait reconnaître par la profession, Blanche-Neige, Nonnesens, Un Violon sur le toit, Grease : ce travail me passionne, mais ne laisse aucune place à l’à peu près. A la télévision, j’ai été plusieurs fois contacté pour des émissions populaires, et j’ai accepté celles qui me paraissaient correspondre à mes valeurs, qui sont le travail, la persévérance et la ténacité. Quant à la mise en scène, j’ai eu la chance de me voir confier en 2004 les clefs de Réveille ton talent, un évènement conçu à l’Olympia, dans lequel étaient mariés toutes les disciplines artistiques, de la danse classique au hip-hop. J’ai enchainé avec Anne, le musical puis celle de 1939 pour le théâtre Déjazet et le Gymnase Marie-Bell.

Vous ne vous arrêtez jamais ?

Je ne suis pas un contemplatif. J’ai une espèce d’urgence de vivre. J’ai toujours eu l’impression que demain peut être un jour où je ne pourrai pas faire ce que j’avais prévu. C’est une vie bien remplie, mais je n’ai jamais rien obtenu facilement. J’ai dû aussi, parfois, un peu forcer les portes, mais ensuite, la chance a toujours été au rendez-vous et je suis toujours arrivé à m’entourer de gens bienveillants. En fait, je crois que ma vie est une opérette. Ça chante, ça danse, ça rigole, ça pleure, ça joue, ça a l’air d’être futile, mais en fait, c’est beaucoup plus profond qu’il n’y parait.

Propos recueillis par Bernard Gray, Alain Robert et Alexandre Raveleau